Un bambou qui pousse déjà dans le jardin donne souvent envie d’être multiplié, mais une simple tige plongée dans l’eau ne suffit généralement pas. La méthode fiable consiste à récupérer une partie du rhizome avec ses racines et ses bourgeons, puis à la replanter dans de bonnes conditions. Je détaille ici la période idéale, les gestes précis, les différences entre bambous traçants et cespiteux, ainsi que les erreurs qui compromettent la reprise.
La méthode fiable tient surtout au choix du bon prélèvement
- Technique recommandée : division d’une touffe ou prélèvement d’un morceau de rhizome.
- Période idéale : au début du printemps, avant le plein développement des nouvelles pousses.
- Prélèvement utile : un rhizome de 20 à 40 cm avec plusieurs nœuds, des racines et au moins un bourgeon.
- À éviter : mettre une section de chaume dans un verre d’eau, sauf pour certains bambous tropicaux cultivés sous serre.
- Après plantation : maintenir le substrat frais, sans excès d’eau, et protéger la jeune plante du soleil intense.

Pourquoi une tige de bambou ne se bouture presque jamais dans l’eau
Le bambou est une graminée dont la nouvelle croissance dépend principalement de son réseau souterrain. Le rhizome, c’est-à-dire la tige souterraine qui porte les racines et les bourgeons, joue donc un rôle bien plus important que le chaume visible.
Un morceau de chaume coupé peut rester vert pendant quelque temps, ce qui donne l’impression que la bouture fonctionne. Pourtant, chez les bambous de jardin courants comme les Phyllostachys ou les Fargesia, cette tige finit généralement par se dessécher sans produire de racines. C’est l’erreur que je vois le plus souvent chez les jardiniers débutants.
Le lucky bamboo entretient la confusion. Cette plante vendue dans l’eau n’est pas un véritable bambou, mais un Dracaena sanderiana. Elle peut s’enraciner à partir d’une tige, contrairement à la plupart des bambous ornementaux plantés en pleine terre.
Quelle méthode choisir selon le type de bambou
Le choix dépend du mode de croissance de la plante mère. Un bambou traçant produit des rhizomes qui s’éloignent de la touffe, tandis qu’un bambou cespiteux reste plus compact. Dans les deux cas, je privilégie un prélèvement comportant une partie souterraine vivante.
| Type de bambou | Aspect | Méthode la plus sûre | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Bambou traçant | Rhizomes longs et horizontaux | Section de rhizome avec bourgeon et racines | Prévoir une barrière anti-rhizome en pleine terre |
| Bambou cespiteux | Touffe dense et resserrée | Division d’un éclat de touffe | Conserver plusieurs chaumes avec leur motte |
| Bambou tropical | Chaumes souvent épais et vigoureux | Division, ou bouturage de chaume sous chaleur humide | La technique de tige demande des conditions contrôlées |
en France métropolitaine, la division reste le choix le plus simple. Les bambous cespiteux comme certains Fargesia sont particulièrement adaptés à une plantation près d’une terrasse ou d’une piscine, car ils s’étendent moins agressivement que les variétés traçantes.
Prélever un rhizome étape par étape
Choisir le bon moment
Je réalise cette opération au début du printemps, généralement entre mars et avril selon la région et les dernières gelées. La plante commence à reprendre son activité, mais les nouvelles pousses n’ont pas encore épuisé les réserves du rhizome. Une intervention en automne peut aussi convenir dans les régions douces, à condition d’éviter les périodes de sécheresse ou de gel.
Préparer le matériel
Il faut une bêche solide, un sécateur propre, une scie à main pour les rhizomes épais et un pot percé si la plantation immédiate n’est pas possible. Je désinfecte toujours les lames avant la coupe, car une blessure souterraine contaminée peut faire pourrir l’éclat.
Réaliser le prélèvement
- Arrosez légèrement la veille si le sol est sec afin de faciliter l’extraction.
- Dégagez la terre autour d’un jeune chaume vigoureux, situé en périphérie de la touffe.
- Repérez un morceau de rhizome portant au moins un bourgeon bien formé et plusieurs racines.
- Prélevez une section d’environ 20 à 40 cm, sans tirer brutalement sur les radicelles.
- Réduisez le chaume à environ 30 cm pour limiter la perte d’eau par les feuilles.
- Replantez aussitôt, car un rhizome exposé à l’air sèche beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine.
Le morceau doit rester humide, mais il ne faut pas le laisser tremper dans un seau. Si je dois attendre quelques heures, je l’enveloppe dans un linge humide et je le garde à l’ombre. La rapidité entre l’extraction et la plantation joue souvent davantage que l’utilisation d’une hormone de bouturage.
Planter l’éclat en pot ou en pleine terre
Une plantation en pot pour mieux contrôler la reprise
Pour une première multiplication, le pot est plus sécurisant. Choisissez un contenant de 30 à 40 cm de diamètre, percé au fond, puis utilisez un mélange composé de terreau, de compost mûr et d’un matériau drainant comme la pouzzolane ou le sable grossier.
Posez le rhizome presque horizontalement, avec les bourgeons vers le haut, puis recouvrez-le de 3 à 5 cm de substrat. Tassez doucement et arrosez pour mettre la terre en contact avec les racines. Le pot doit rester dehors dans un endroit lumineux, mais protégé du soleil brûlant et du vent.
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Une plantation directe dans le jardin
En pleine terre, installez l’éclat dans un sol meuble, frais et bien drainé. Une cuvette d’arrosage autour du plant aide à retenir l’eau pendant les premières semaines, mais le terrain ne doit jamais rester gorgé d’eau, surtout en hiver.
Avec un bambou traçant, je recommande une barrière anti-rhizome d’environ 60 à 70 cm de profondeur. Elle doit dépasser légèrement du sol et être posée en boucle fermée, sinon le rhizome peut passer par-dessus ou dans un interstice. Autour d’une piscine, cette précaution évite que les nouvelles pousses ne s’approchent des plages, des canalisations ou des zones difficiles à entretenir.
Favoriser la reprise sans étouffer la jeune plante
Les premières semaines, le substrat doit rester frais au toucher. J’arrose lorsque la surface commence à sécher, parfois tous les deux ou trois jours par temps chaud, mais je réduis fortement les apports si le pot reste humide. L’excès d’eau asphyxie les racines et provoque plus d’échecs qu’un léger manque ponctuel.
Les feuilles peuvent s’enrouler ou jaunir après la division. Ce n’est pas forcément inquiétant, car le système racinaire a été réduit. En revanche, un chaume qui devient mou à sa base, une odeur désagréable ou un substrat constamment détrempé indiquent souvent un début de pourriture.
Les premiers signes de reprise apparaissent souvent après 4 à 8 semaines, mais l’enracinement complet demande davantage de temps. Je laisse le jeune plant en pot plusieurs mois avant de le déplacer, surtout dans les régions aux étés secs ou aux hivers marqués.
Il est inutile de fertiliser immédiatement. J’attends l’apparition de nouvelles pousses, puis j’apporte au printemps une petite quantité de compost mûr ou d’engrais organique. Une plante fraîchement divisée a surtout besoin de racines intactes, d’humidité régulière et de stabilité.
Les erreurs qui font échouer la multiplication
- Planter seulement une tige aérienne : elle ne possède généralement pas les tissus nécessaires à l’émission de racines.
- Prélever par forte chaleur : les feuilles perdent de l’eau avant que les racines abîmées ne puissent l’absorber.
- Couper un rhizome sans bourgeon : une section composée uniquement de racines a peu de chances de produire un nouveau chaume.
- Laisser la motte sécher : quelques heures au soleil peuvent suffire à compromettre les radicelles.
- Arroser en permanence : l’humidité est nécessaire, mais l’eau stagnante favorise la pourriture.
- Installer un traçant sans contrôle : une petite bouture peut devenir une touffe très difficile à contenir après quelques années.
Le bouturage de chaume existe bien pour certains Bambusa ou Dendrocalamus, notamment dans les régions tropicales. Il se pratique avec des sections comprenant des nœuds et des branches, dans une atmosphère chaude et très humide. Pour un bambou ornemental courant en France, cette méthode est toutefois trop aléatoire pour être mon premier conseil.
Le bon réflexe avant de multiplier votre bambou
Avant de couper, identifiez la variété et observez son comportement autour du pied. Si le bambou envoie déjà des pousses à plusieurs mètres, multipliez-le seulement dans un espace que vous pourrez surveiller ou dans un grand bac correctement isolé.
Pour maximiser vos chances, retenez une règle simple. Prélevez au printemps un éclat jeune avec rhizome, racines, bourgeon et un court chaume, replantez-le immédiatement dans un sol drainant, puis arrosez régulièrement sans le détremper. Cette approche est moins spectaculaire qu’une tige dans un verre d’eau, mais c’est celle qui donne les résultats les plus réguliers au jardin.